En rentrant avec le bus tout à l’heure, une dame que je n’avais vue depuis des mois s’est assise à mes côtés (non finalement, à MON côté, pas facile d’occuper les 2 en même temps
) pour parler de la vie, de tout, de rien … et surtout de ses petits enfants ! Et dans le monde actuel me disait-elle … pourvu qu’ils "trouvent une Bonne Place". Cette expression si répandue à l’heure de l’apéritif familial du dimanche midi cache aujourd’hui me semble-t-il de subtiles notions et variations qu’il est de plus en plus difficile de confondre entre chacun de nous … car qu’est-ce qu’au juste une "Bonne Place" dans le monde du travail actuel ? Monde dans lequel un salarié changera en moyenne 7 fois d’emploi dans sa vie (volontairement ou pas).
Il est intéressant de s’arrêter déjà un instant sur le terme "trouver" .. hasard ? fruit d’une recherche éperdue ? rencontre fructueuse ? Remarquez qu’il est très rare d’entendre chez nous "il s’est créé une bonne place" … la saisie de l’opportunité l’emporte sur l’esprit d’entrepreneur… et puis sans doute a-t-il créé… à défaut d’avoir trouvé !
Une "bonne" place … déjà une empreinte subjective qui de l’un à l’autre, revêtira une coloration différente : est-ce une place dont on est sûr d’être détenteur tout au long de sa carrière ? Est-ce un emploi doté d’un salaire élevé ? Est-ce encore une place dans une entreprise de haute notoriété, de grande taille qui assurera sans encombre une carrière à son heureux détenteur ? est-ce enfin (plus rarement sans doute) un travail assorti d’autonomie, de possibilités de création, propice à l’accomplissement personnel qui culmine au sommet de la fameuse pyramide de Maslow ? Le sentiment qui s’installe je pense à la lecture de ces derniers mots est que le bien-être au travail ne fait certainement pas partie des critères d’évaluation de la "bonne" place … tout simplement parce que ce critère est souvent (comme dans mon exemple de départ) un qualificatif employé non pas par la personne concernée, mais par son entourage. "Il a une bonne place, il est heureux dans son travail ! " Je ne pense n’avoir jamais entendu cela ! Paradoxe étonnant puisque, dans les maux attribués au travail, celui de la souffrance est très souvent premier … Mettre en cohérence critères d’évaluation de son travail et critères sociaux de la "bonne place" … voila un beau programme, n’est-ce pas ?
Enfin la "place" … espace, emplacement, endroit, la place désigne le lieu physique où se trouve à un instant donné une chose, une personne. Au travail arrive vite la notion de "moi plutôt qu’un autre" la place ne se duplique pas ! La compétition pour l’acquérir, la garder, agrandir son périmètre, et la céder lorsqu’on l’aura décidé est sous tendue. Bref la place est précieuse, convoitée. Mais qui a créé la place que j’occupe ? Moi-même puis-je créer des places afin que d’autres les occupent ? Qui détruit les places ? Ici également, remarquez que nos médias, révélateurs des désirs sociaux, se font forts de nous désigner les éléments de destruction, plutôt que les premiers … Pourtant la place n’est pas l’infime partie d’un gâteau aux contours définis, il est important d’agrandir le gâteau et compenser les parts mangées ! Pourquoi dans nos entreprises, l’échelle de valeur des salariés est-elle bâtie bien souvent sur le nombre de places gérées ? (voire dans certains malheureux cas le nombre de place à détruire) … Le temps n’est-il pas venu de donner la primeur aux places créées, tout l’art et le mérite étant au final de travailler un modèle économique en ce sens, et non l’inverse !!
Un petit exercice de linguistique qui je l’espère titillera votre esprit critique (à votre bon coeur m’sieurs dames pour les commentaires et surtout sur le sondage à côté de ce billet !), et vous donnera peut-être un autre angle de vue sur ces 4 petits mots de tous les jours … pas si anodins que ça finalement











